En bref : Le monde de l’influence est en pleine tourmente. En 2026, les dérives ont atteint un tel niveau qu’elles ont conduit à des auditions parlementaires historiques, des dizaines de comptes supprimés et plus d’une centaine de plaintes collectives. Des figures majeures ont été épinglées pour escroqueries (on parle désormais d’« influvoleurs »), contenus misogynes, appels à la violence ou encore surexposition d’enfants. Face à cela, la loi a évolué (loi Delaporte-Vojetta, protection des mineurs) et les plateformes commencent à agir, mais la vigilance des internautes reste plus que jamais essentielle. Cet article fait le point sur les affaires qui ont secoué la sphère digitale, les nouvelles règles en vigueur et comment, en tant que public, on peut se protéger.
Les auditions parlementaires de 2025 : un électrochoc
Le point de bascule. En juin 2025, l’Assemblée nationale a convoqué cinq influenceurs identifiés comme les plus problématiques par une large consultation citoyenne. L’objectif ? Leur demander des comptes sur des pratiques jugées toxiques pour la société. Ce moment, très médiatisé, a mis en lumière la défense souvent déroutante de ces personnalités.
| Influenceur auditionné | Principales accusations | Défense / Éléments marquants |
| Nasdas | Propos misogynes (déclarant que les femmes ne devraient pas sortir après 22h à Paris) | A rejeté la responsabilité sur les autorités, estimant que c’était à l’État d’assurer la sécurité. |
| AD Laurent | Contenu à caractère sexuel explicite, lives suggestifs, plainte pour viol aggravé (2024). | Compte supprimé par les plateformes sur signalement ministériel avant les auditions. |
| Alex Hitchens & le couple Tanti | Production de contenus volontairement choquants pour générer de l’engagement. | Ont justifié leurs méthodes par l’adage : « Ce qui fonctionne, c’est le contenu qui choque ». |
Lors de ces auditions, un leitmotiv est revenu : la minimisation de la responsabilité. L’un d’eux a même déclaré, « Je ne peux pas être responsable de tout », illustrant un décalage frappant entre l’impact de leur audience et leur perception du rôle qui va avec.
L’ère des « influvoleurs » : quand l’influence rime avec escroquerie
Popularisé par le rappeur Booba, le terme « influvoleur » (contraction d’influenceur et de voleur) est malheureusement entré dans le langage courant. Il désigne ces personnalités qui utilisent la confiance de leur communauté pour promouvoir des arnaques ou des investissements frauduleux.
Les affaires les plus retentissantes :
- Marc et Nadé Blata : Installés à Dubaï, ils ont promu avec insistance des investissements présentés comme ultra-rentables et sans risque. Leur stratégie ? Une mise en scène permanente du luxe (voitures, villas) pour servir de « preuve » de succès. Meta a finalement supprimé leurs comptes Instagram en 2023 pour contenus frauduleux. Ils font aujourd’hui l’objet de plaintes pour escroquerie en bande organisée, portées par le collectif AVI (Association des Victimes d’Influenceurs).
- Dylan Thiry : Connu pour son engagement caritatif affiché, il est sous le feu des critiques et des soupçons concernant la gestion et la destination réelle des fonds levés via des cagnottes humanitaires. Les interrogations persistent sur la transparence de ces opérations.
Ils ne sont pas les seuls. La DGCCRF (Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes) a épinglé de nombreux autres noms (Simon Castaldi, Capucine Anav, Illan Castronovo…) pour non-respect des règles sur la publicité et la promotion commerciale. Un chiffre parle de lui-même : depuis 2021, plus de 50% des influenceurs contrôlés par la DGCCRF présentaient des manquements.
En 2023, on recensait déjà entre 88 et 102 plaintes collectives pour abus de confiance et escroquerie liées à des influenceurs. Le mouvement n’a fait que s’amplifier.
Les autres dérives qui font polémique
Au-delà des escroqueries pures, d’autres pratiques questionnent profondément l’éthique de l’influence.
La surexposition des enfants : les « parents influenceurs »
Un sujet qui touche particulièrement les familles. Certains parents construisent toute leur notoriété sur la vie quotidienne, les exploits, les crises ou les moments intimes de leurs enfants. Les exemples, comme celui de Jessica Thivenin, sont nombreux. Les risques ?
- Atteinte à la vie privée et au droit à l’image de l’enfant, qui ne peut consentir.
- Exposition à des risques pédocriminels, les contenus pouvant être détournés.
- Création d’une empreinte numérique indélébile pour l’enfant.
Face à ce phénomène, une loi a été adoptée en 2025 pour renforcer la protection du droit à l’image des mineurs. Elle encadre strictement l’exploitation commerciale de leur image par leurs propres parents, et permet à l’enfant, à sa majorité, de demander la suppression de ces contenus.
Pratiques commerciales trompeuses et promotion de risques
Le paysage est aussi miné par :
- Le dropshipping sauvage : Promotion de produits low-cost achetés sur des plateformes comme AliExpress et revendus 5 fois plus cher, avec des délais de livraison interminables et un service après-vente inexistant.
- Le manque de transparence : Publicités déguisées en « coups de cœur » ou en « découvertes du jour », sans le fameux hashtag #pub ou #sponsorisé, pourtant obligatoire.
- La promotion de produits de santé ou d’actes esthétiques par des personnes non qualifiées, créant de faux espoirs et minimisant les risques.
Que fait la loi ? Le cadre juridique se durcit
La régulation a été forcée de rattraper son retard. Plusieurs textes majeurs structurent désormais le secteur :
- Loi Delaporte-Vojetta (2023) : C’est la pierre angulaire. Elle oblige les influenceurs à clairement mentionner tout contenu sponsorisé ou partenariat commercial (avec des sanctions à la clé). Elle interdit également la promotion de certaines pratiques risquées (comme la chirurgie esthétique) et encadre la promotion d’actifs financiers.
- Loi sur la protection de l’image des mineurs (2025) : Comme évoqué plus haut, elle protège les enfants des parents influenceurs.
- Actions des plateformes : Sous la pression des autorités (comme le signalement ministériel qui a visé AD Laurent) et de l’opinion publique, les réseaux sociaux comme Instagram, TikTok ou YouTube suppriment plus rapidement les comptes enfreignant gravement leurs conditions d’utilisation.
Comment, en tant qu’internaute, se protéger ?
La loi est un filet de sécurité, mais votre meilleure protection, c’est votre esprit critique. Voici une checklist à garder en tête :
- ✅ Méfiez-vous des opportunités « trop belles pour être vraies » : Rendements financiers mirobolants sans risque, produits miracles, succès facile et rapide… C’est souvent le début d’une arnaque.
- ✅ Vérifiez la transparence : Un produit est-il présenté comme un « favori » sans le moindre #partenariat ? C’est un red flag. Un influenceur sérieux déclare ses collaborations.
- ✅ Faites vos propres recherches : Tapez le nom de l’influenceur + « arnaque » ou « plainte » dans un moteur de recherche. Consultez les sites de signalement comme celui du collectif AVI.
- ✅ Ne confondez pas lifestyle et conseil d’expert : Le fait de vivre dans une belle maison ne fait pas de quelqu’un un expert en investissement immobilier. Le fait d’être en forme ne fait pas de quelqu’un un nutritionniste qualifié.
- ✅ Signalez les contenus abusifs : Utilisez les outils de signalement des plateformes pour les contenus haineux, trompeurs ou frauduleux.
- ✅ Soutenez les lanceurs d’alerte : Des comptes comme ceux de Booba (via le #OpInfluvoleurs) ou des associations comme l’AVI ont joué un rôle crucial pour révéler les dérives.
FAQ : Vos questions, nos réponses
Q : Un influenceur peut-il vraiment être poursuivi en justice pour ses publications ?
R : Absolument. La loi s’applique en ligne comme hors ligne. Ils peuvent être poursuivis pour : – Escroquerie ou abus de confiance s’ils ont promu une arnaque (ex : les Blata). – Publicité trompeuse s’ils n’ont pas déclaré un partenariat (loi Delaporte-Vojetta). – Injures publiques, provocation à la haine ou à la violence pour leurs propos. – Atteinte au droit à l’image s’ils exploitent abusivement l’image de leurs enfants (loi 2025). Les plaintes collectives, comme celles portées par l’AVI, sont devenues une arme efficace pour les victimes.
Q : Est-ce que toutes les plateformes (Instagram, TikTok, YouTube) appliquent les mêmes règles ?
R : Elles ont leurs propres Conditions d’Utilisation, mais la pression réglementaire les harmonise. Par exemple, elles sont toutes tenues de faciliter la mention des contenus sponsorisés (bouton « partenariat » sur Instagram, case à cocher sur YouTube…). En cas de signalement d’un contenu illégal (appel à la haine, escroquerie avérée), elles ont l’obligation de le retirer rapidement sous peine de sanctions. La suppression du compte d’AD Laurent sur plusieurs plateformes suite à un signalement de l’État français en est un exemple concret.
Q : Où puis-je me renseigner ou porter plainte si je pense être victime d’un influenceur ?
R : Plusieurs voies sont possibles : 1. Le collectif AVI (Association des Victimes d’Influenceurs) : C’est souvent le premier réflexe. Ils regroupent les victimes, conseillent et portent des actions groupées. Leur site est une mine d’informations. 2. La DGCCRF : Vous pouvez signaler une pratique commerciale trompeuse via leur plateforme de signalement en ligne Signal Conso. 3. Le dépôt de plainte : Vous pouvez déposer plainte directement au commissariat ou à la gendarmerie, surtout en cas de préjudice financier important (escroquerie). Se regrouper avec d’autres victimes renforce le dossier.
Conclusion : Vers une influence plus responsable ?
Les années 2023-2025 ont été un séisme pour le microcosme de l’influence. Elles ont mis en lumière une face sombre, faite d’abus, d’irresponsabilité et parfois de malveillance pure. Le positif dans tout cela ? Une prise de conscience collective.
Les pouvoirs publics ont légiféré, les plateformes (lentement) réagissent, et surtout, le public a ouvert les yeux. L’ère de la crédulité béate face au storytelling d’un compte Instagram surpayé est révolue. Aujourd’hui, une communauté avertie, des lanceurs d’alerte actifs et un cadre juridique renforcé créent un environnement bien plus hostile pour les « influvoleurs ».
Cela ne signifie pas que tout est réglé. La course à l’audience et à la monétisation poussera toujours certains vers les limites. Mais désormais, ils le font en sachant que les risques de sanctions juridiques, de suppression de compte et de perte de réputation sont réels et immédiats. L’influence de demain, si elle veut perdurer, devra intégrer une dose essentielle d’éthique, de transparence et de responsabilité. À nous, public, de continuer à être vigilants et à récompenser, par notre attention et notre engagement, celles et ceux qui jouent le jeu loyalement.
Sources : Les informations factuelles sur les auditions, les affaires judiciaires et le cadre légal s’appuient sur les comptes-rendus médiatiques des auditions parlementaires de juin 2025, les communications de la DGCCRF, et les textes de loi (Loi Delaporte-Vojetta de 2023, Loi sur la protection de l’image des mineurs de 2025).