Psy qui ne comprend rien : décrypter l’impression d’incompréhension en thérapie

avril 30, 2026

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Par Marisa Madonia

Vous êtes allé voir un psy, plein d’espoir. Et là, séance après séance, une petite voix s’installe : « Il ne comprend rien à ce que je vis. » Cette frustration est l’une des plus courantes en thérapie. Pourtant, elle repose souvent sur un malentendu fondamental sur le rôle du psychologue. Son but n’est pas de « comprendre » à votre place comme un ami le ferait, ni de vous donner des solutions clés en main. Sa mission est de vous guider pour que vous, vous vous compreniez. Si vous sentez un blocage, la première étape est d’en parler directement avec lui. Si le sentiment persiste malgré cela, il peut être légitime d’envisager de changer de thérapeute. L’alliance et la confiance sont les piliers incontournables d’un travail thérapeutique réussi.

💡 L’essentiel en 30 secondes

  • Le malentendu : On attend souvent du psy qu’il comprenne et résolve. En réalité, il est un guide neutre pour vous aider à vous comprendre.
  • Le signe d’alerte n°1 : La frustration est normale, mais si elle persiste, parlez-en en séance. C’est le premier test.
  • Le signe d’alerte n°2 : Si, après en avoir discuté, vous avez l’impression qu’il oublie systématiquement des éléments importants ou évite vos questions centrales, l’alliance thérapeutique est peut-être rompue.
  • La solution : Une discussion franche. Si rien ne change, changer de thérapeute n’est pas un échec, c’est prendre soin de votre parcours.

Maintenant, creusons ce qui se cache vraiment derrière ce sentiment de « il ne comprend rien », et comment naviguer cette situation délicate sans gaspiller votre énergie, votre temps, et votre investissement financier.

Le cœur du problème : attendre d’un psy qu’il « comprenne » comme un proche

C’est le piège numéro un. On arrive en thérapie avec une douleur, une confusion, un sentiment d’urgence. Et on espère, consciemment ou non, que l’autre en face va saisir immédiatement la profondeur de notre vécu, hocher la tête avec compassion et nous dire : « Je vois exactement ce que vous traversez, voici comment s’en sortir. »

Sauf que ce n’est pas son job. En fait, si votre psy faisait ça, ce serait même un très mauvais signe.

🤔 Pourquoi mon psy ne me dit-il pas « Je vous comprends » ?

Vous l’avez peut-être remarqué : un thérapeute dira souvent « Je comprends » plutôt que « Je vous comprends ». Ce n’est pas un hasard de langage. Cette nuance est capitale. Dire « je vous comprends » impliquerait qu’il peut se mettre à votre place, ce qui est impossible. Personne n’a vécu votre vie avec vos filtres, vos émotions, votre histoire. En prétendant le contraire, il briserait la distance professionnelle nécessaire et risquerait de s’engager dans des phénomènes de transfert (vos sentiments projetés sur lui) et de contre-transfert (ses réactions personnelles à vous) non maîtrisés[1].

Sa neutralité n’est pas de l’indifférence. C’est un espace vide et sécurisé dans lequel vos propres pensées peuvent résonner et se clarifier, sans être influencées par son jugement ou son vécu.

Ce que fait (et ne fait pas) un psychologue : démystifier son rôle

Pour évacuer la frustration, il faut aligner nos attentes sur la réalité du processus. Voici ce que vous êtes en droit d’attendre… et ce qui relève d’une fausse croyance.

Ce que beaucoup attendent (à tort)La réalité du travail thérapeutique
Qu’il donne des conseils et des solutions directes (« Qu’est-ce que je dois faire ? »)Il guide votre réflexion par des questions. Vous trouvez vos propres solutions, celles qui sont alignées avec vos valeurs. S’il imposait ses réponses, il agirait en gourou, pas en thérapeute[1].
Qu’il ait vécu des choses similaires pour « vraiment comprendre »Son expertise est dans la méthode, pas dans l’expérience partagée. Avoir vécu la même chose pourrait nuire à sa neutralité et l’empêcher de vous voir clairement[1].
Qu’il réagisse émotionnellement (compatissance, indignation)Il accueille et valide VOS émotions sans se laisser submerger par les siennes. Son calme est un contenant pour votre tempête.
Qu’il réponde à toutes nos questions (« Pourquoi je suis comme ça ? »)Il vous renvoie souvent la question, car la réponse la plus puissante est en vous. Son silence ou sa question en retour est un outil, pas un refus.

Le psy est un peu comme un miroir parlant. Il ne peint pas sur le miroir. Il l’aide à se décrasser pour que vous vous voyiez enfin en face, avec clarté.

Quand la frustration est un signal à écouter : les vrais signes de dysfonctionnement

Il y a une différence entre la frustration normale du processus (qui peut être inconfortable mais fructueuse) et les signaux d’alerte qui indiquent que la relation thérapeutique elle-même est problématique.

Voici des situations où le problème ne vient plus de l’incompréhension du processus, mais peut-être d’une inadéquation avec le professionnel :

  • L’oubli répété : Séance après séance, il oublie des détails importants de votre vie (le prénom de votre enfant, un trauma évoqué, votre profession). Un lapsus occasionnel est humain, une répétition montre un manque d’attention ou de prise de notes sérieuse[2].
  • L’évitement systématique : Vous ramenez à plusieurs reprises un sujet crucial pour vous (l’origine d’une angoisse, une relation toxique) et il détourne constamment la conversation vers d’autres thèmes, sans jamais vous aider à creuser ce point[2].
  • Le jugement ou les conseils moralisateurs : Il utilise des phrases comme « Il ne faut pas penser ça », « Vous devriez faire ceci », ou émet des jugements de valeur sur vos choix de vie. Son rôle est de comprendre avec vous, pas de diriger votre vie.
  • Le centrage sur lui : Il parle trop de son propre vécu, de ses opinions personnelles ou de ses problèmes. La séance est pour vous, pas pour lui.

⚠️ Le test ultime : Parlez-en !

Avant de tirer toute conclusion, utilisez la séance elle-même pour aborder le problème. Dites, aussi simplement que possible :

« J’ai une sensation bizarre dont j’aimerais parler. J’ai l’impression que parfois, on ne se comprend pas, ou que mes préoccupations principales ne sont pas prises en compte. Ça me bloque. »

La réaction de votre psy à ce feedback est très révélatrice. Un bon thérapeute accueillera cela avec curiosité professionnelle, sans se défendre, et verra cela comme un matériel crucial pour améliorer votre travail ensemble[6]. S’il se braque, minimise votre ressenti ou change de sujet, c’est un gros point rouge.

Que faire si le blocage persiste ? Les étapes concrètes

Vous avez exprimé votre malaise et rien n’a changé ? Ou peut-être que la confiance est rompue au point où vous ne pouvez même pas en parler ? Il est temps d’agir.

  1. Prenez une décision consciente : Arrêtez de subir les séances dans la frustration. Décidez que vous allez explorer d’autres options. Ce n’est pas un échec, c’est de l’auto-responsabilisation.
  2. Envisagez un changement de thérapeute : C’est courant et normal. On ne « clique » pas avec tout le monde. Cherchez un professionnel avec une approche différente (si vous étiez en psychanalyse, essayez les TCC ou la thérapie systémique, et vice-versa). Les psys eux-mêmes recommandent souvent d’éviter les proches ou connaissances pour préserver la neutralité[3][4], ce qui montre à quel point la bonne « distance » est cruciale.
  3. Pour les situations complexes : Si vos séances tournent autour de conflits familiaux aigus ou de démarches juridiques (plainte, etc.), un bon thérapeute doit vous aider à clarifier vos émotions et vos pensées sans vous paralyser, pas prendre parti[5]. Si vous sentez qu’il prend parti ou vous pousse dans une direction, c’est problématique.
  4. Ne restez pas seul(e) : Parlez de votre démarche à un proche de confiance. Chercher un nouveau thérapeute peut être fatigant, un soutien moral aide.

Penser « J’ai déjà investi tant de temps et d’argent, je dois continuer » est un biais cognitif classique (le « sunk cost fallacy »). Votre bien-être mental n’a pas de prix. Continuer une thérapie inefficace est souvent plus coûteux, à tous les niveaux, que de recommencer ailleurs.

FAQ : Les questions que vous vous posez (et que d’autres tapent sur Google)

Mon psy ne me pose jamais de questions, c’est normal ?

Cela dépend de son courant. Certaines approches (comme la psychanalyse classique) privilégient l’écoute libre et vos associations d’idées, avec peu d’interventions directives. D’autres (TCC, thérapies brèves) sont plus structurées et questionnantes. Si ce silence vous met mal à l’aise au point de bloquer votre parole, c’est un signe que la méthode ne vous convient pas. Parlez-en avec lui, et si le style ne change pas, cherchez un thérapeute dont la méthode est plus interactive.

Comment savoir si mon psy est compétent ?

La compétence se juge à plusieurs niveaux : ses diplômes et son affiliation à une société reconnue sont la base. Ensuite, observez le cadre : respect des horaires, confidentialité, tarif clair. Enfin, la compétence relationnelle : se sentez-vous globalement en sécurité, écouté(e), sans jugement ? Ressentez-vous, sur la durée, une évolution (même lente) dans votre compréhension de vous-même ? Une alliance thérapeutique de qualité est le meilleur indicateur de sa compétence à vous accompagner, vous.

Est-ce que je peux changer de psy en cours de route sans le prévenir ?

Techniquement, oui. Vous n’êtes pas lié par un contrat. Mais d’un point de vue éthique et pour votre propre clôture, il est préférable de lui annoncer lors d’une dernière séance, même brièvement (« J’ai décidé d’arrêter notre travail, je vous remercie pour ces séances »). Cela vous permet de tourner la page proprement. Si la relation est vraiment conflictuelle, un simple mail suffit. Vous ne lui devez rien, mais vous vous devez à vous-même de conclure les chapitres.

Pour conclure : votre thérapie, votre chemin

Le sentiment « mon psy ne comprend rien » est une étape potentielle du parcours. Parfois, elle révèle juste notre impatience à guérir. D’autres fois, elle met le doigt sur une réelle inadéquation.

Dans les deux cas, la réponse est la même : utilisez la thérapie pour parler de la thérapie. C’est l’outil le plus puissant dont vous disposez. Si, après cela, le pont ne se construit pas, sachez qu’il existe d’autres professionnels, d’autres approches. Trouver le bon accompagnant, c’est comme trouver la bonne paire de chaussures pour un long voyage : essentiel pour avancer sans se blesser. Ne marchez pas pieds nus par dépit.

Sources & Références

[1] Discussions professionnelles sur le rôle et la posture du psychothérapeute, la neutralité et les risques de transfert. Perplexity.ai.

[2] Analyses sur les signes d’une mauvaise alliance thérapeutique et l’importance du feedback en séance. Perplexity.ai.

[3] Recommandations déontologiques sur l’évitement des relations doubles (proches, connaissances) en thérapie. Perplexity.ai.

[4] Réflexions sur les limites de la prise en charge avec des patients dont le thérapeute a une connaissance extérieure. Perplexity.ai.

[5] Rôle du thérapeute dans l’accompagnement des situations personnelles complexes (conflits, démarches). Perplexity.ai.

[6] Importance d’exprimer ses ressentis négatifs en séance comme levier thérapeutique. Perplexity.ai.

Pour aller plus loin :
Psychologue.net : Annuaire et ressources sur la psychologie.
FFPP (Fédération Française des Psychologues) : Organisation professionnelle pour comprendre le cadre de la profession.

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