Votre panier est vide  Votre compte

Le Bien Public du 26 mars 2015

Yacine et Firouza Houberdon : leur travail vaut de l'art

Ils sont pétris de talent et exercent leur profession comme de véritables artistes. Rencontre avec deux artisans côte-d’oriens qui exposent leur travail ce week-end au conseil général.

Yacine et Firouza Houberdon travaillent dans un modeste atelier, niché au fond d’une minuscule rue, à la sortie d’un tout petit village. Pourtant, ce qu’ils réalisent ici depuis plus d’un an égale largement le travail de joailliers dont le nom s’affiche en grosses lettres dans d’immenses succursales, situées au cœur des plus grandes capitales du monde. À partir de demain et jusqu’à dimanche, ce jeune couple, installé à Reulle-Vergy, exposera ses bijoux au conseil général dans le cadre des Journées européennes des métiers d’art.

Quand le client joue le rôle de “guide”

Une vitrine pour ces deux trentenaires, qui ont fait le choix de l’isolement pour mieux se consacrer à un métier qu’ils ont su élever au rang d’art, malgré un contexte économique qui n’invite pourtant pas à prendre des risques. « Nous étions tous les deux salariés chez Cartier. Nous aurions pu rester là-bas, au sein de l’une des maisons les plus réputées du monde », explique Firouza Houberdon. « Mais nous souhaitions vraiment lancer notre propre société et lorsque nous en avons eu l’opportunité, nous nous sommes installés ici. D’abord, parce que c’est une région dont nous sommes originaires et à laquelle nous sommes très attachés. Mais aussi parce que Reulle-Vergy possède une longue histoire avec l’artisanat d’art. »

Faute de moyens démesurés pour communiquer, les deux joailliers ne comptent que sur leur talent pour réussir. Et sur une philosophie de vie qui les pousse à ne pas céder à la pression du temps pour mieux répondre aux attentes d’une clientèle souvent très exigeante. « L’avantage de ne pas être trop exposé, c’est de pouvoir travailler sereinement, sans être interrompu en permanence », commente Yacine, l’œil rivé sur son microscope. « Et puis ici, les charges ne sont pas vraiment les mêmes que place Vendôme… Donc cela se répercute aussi sur le prix des bijoux », rebondit Firouza.

Un objet, une histoire…

Des bijoux dont certains sont de véritables œuvres d’art, qui racontent chacune une histoire. « En règle générale, le client vient avec une idée en tête et nous nous adaptons en fonction de ses envies et de son budget. C’est lui qui nous guide », poursuit Firouza. « Certains viennent avec des bijoux anciens qu’ils souhaitent transformer. D’autres avec une simple photo ou un dessin. Puis je réalise divers croquis avant de soumettre le projet. Au final, chaque pièce est unique. Selon nous, exercer un métier d’art, c’est cela : produire des objets liés au patrimoine et qui dureront dans le temps, le tout dans le respect du savoir-faire. »

Installé au cœur d’une contrée dont la richesse vient aussi de la terre, le couple a compris l’intérêt qu’il avait à s’ancrer dans l’histoire locale et travaille désormais en partenariat avec des acteurs phares du monde viticole, à l’image de la Confrérie des Chevaliers du Tastevin. Outre des bijoux dédiés aux membres, elle conçoit notamment leurs boutons de manchette, en argent massif. « Certaines pièces valent effectivement très cher. Mais nous pratiquons aussi des tarifs très abordables », insiste Firouza, qui illustre ses propos à travers une alliance dont le prix n’excède pas les 300 €.

Des objets uniques, Thibault Fernandez en réalise lui aussi dans son atelier d’ébénisterie, à Thorey-sous-Charny. Formé chez les Compagnons du devoir, le jeune homme est revenu s’installer dans sa région natale en 2009 pour créer sa propre société : L’Essence bois. « Je conçois des meubles sur mesure, mais je pratique de plus en plus ce qu’on appelle l’agencement : le mobilier est intégré à l’immobilier, l’idée étant d’optimiser au maximum l’espace de la pièce, tout en s’adaptant au décor », détaille l’artisan, qui compte également sur le bouche-à-oreille pour développer son activité.

Une association pour accompagner les artisans

« Au départ, j’ai bénéficié du soutien d’un confrère installé dans une commune voisine. Aujourd’hui, l’entreprise est viable mais la conjoncture est difficile et pour me faire connaître, je suis obligé d’exposer mon travail, d’aller à la rencontre des clients. C’est pour cela que ces Journées européennes sont intéressantes, mais aussi car elles nous permettent à nous, artisans, d’échanger avec d’autres professionnels, de découvrir certains métiers et pourquoi pas de mener des projets conjoints. »

Un concept que Firouza et Yacine Houberdon ont poussé encore plus loin en créant avec d’autres professionnels l’association MAeCO (Métiers d’art en Côte-d’Or), qui regroupe actuellement une trentaine d’artisans du département. « L’association est toute jeune car elle n’est née qu’en septembre 2014. Nous travaillons actuellement au développement de divers outils de communication (site internet, logo…). L’idée, c’est d’aider chacun à se développer, à trouver de nouveaux marchés. On parle beaucoup de commerce équitable. Mais il n’y a pas forcément besoin d’aller au bout du monde pour pratiquer ce commerce. Travailler avec des artisans locaux, cela permet également de réduire les intermédiaires et donc les coûts », conclut Firouza Houberdon.


Article de présentation dans le cadre de l'exposition des Journées Européennes des Métiers d'Art 2015.

Consulter l'article sur le site du Bien Public